La claque
En trois dimensions
La scène se passe lors d'un bel après-midi ensoleillé de décembre 1997, j'ai alors huit ans, et je ne me doute bien sûr pas une seule seconde de ce qui va m'arriver. Il faut dire que ce vieil ami de ma mère, qui me conduit chez ses beaux-parents, se garde bien de dire de quoi il s'agit. Oh si, il a été question de "l'essayer". Mais c'est encore un peu flou pour le gamin que je suis. Après réflexion, j'admets que la médiatisation était plutôt enjouée, mais là encore, c'était plutôt difficile d'en apprécier la signification.
Qu'importe, nous voilà arrivés. Très vite, et assez instinctivement, je me retrouve devant cette grande télévision, qui délivre un spectacle coloré, ponctué de petits bruitages typiques. C'est Super Mario World 2 : Yoshi's Island qui tourne sur la Super Nes familiale. Je m'installe, et j'observe la belle-soeur finir sa partie. Un très grand jeu ce Yoshi's Island. Sont pas les dieux de la plate-forme pour rien Nintendo, ça non. Les minutes passent, toujours aucune nouvelle de ce dont pourquoi je suis là. Faut dire que la Super Nes me l'a quelque peu fait oublier, et puis c'est que j'y jouerais bien moi à ce Mario. Hum... Tout un symbole.

Yoshi's Island : un monument du jeu de plate-formes 2D.
Ah ça y est, on va enfin me montrer. Pourquoi tous ces sourires sur vos visages ? Qu'a-t-elle de si spécial à la fin ? Les câbles audio/vidéo branchés, la cartouche insérée, le courant parcourant correctement ses circuits, j'assiste enfin à l'allumage de la petite dernière, la Nintendo 64. Alors c'est donc ça dont ils parlaient dans le Player One de septembre ? Le pad est assez spécial tout de même. C'est comme ça que ça se tient ? Ah, voilà Mario qui fait son apparition à l'écran. Son visage plus précisément, qu'il nous est possible de déformer à loisir. Mamma Mia ! Bon assez déconné, c'est parti.
It's me, Mario !
La suite, on est pas mal à la connaitre. Le plombier répond parfaitement à la pression du joystick analogique, c'est magique. Tout émerveillé, me voilà à courir, sauter, nager dans le parc du château de la princesse Peach. Pour sûr, toutes les premières fois sont inoubliables, la première fois que j'ai déambulé dans un univers tout en 3D, ce fut une grande claque dans la gueule pour ma part. Une fois mes esprits repris, je me suis donc lancé dans cette grandiose aventure, imaginée par Monsieur Miyamoto, un gars devenu maitre dans l'art de faire rêver les enfants. Je n'oublierai jamais le moment où je suis rentré dans le château, la voix de Bowser en guise d'accueil, ce premier tableau, le roi Bob-omb... Quelques jours plus tard, j'avais bien entendu ma propre console, et mon propre exemplaire de Mario 64, histoire de confirmer que c'est l'un des jeux les plus importants de l'histoire du jeu vidéo, histoire de...

Les premiers pas dans Super Mario 64 furent inoubliables.
Et ce ne fut pas le seul. Lylat Wars, F-Zero X, Mario Kart, Ocarina of Time... Les grosses licences Nintendo à la sauce 3D en fait. J'en ai passé des heures sur cette console. Et aujourd'hui encore, j'ai du mal à comprendre les gens qui associent systématiquement le mot échec à la 64. Parce qu'il s'en est vendu trois fois moins que sa rivale de chez Sony ? En tout cas, il est important de bien dissocier l'aspect financier afin d'analyser correctement la valeur purement qualitative de la console. Il est clair que Nintendo n'a rien pu faire commercialement face à la déferlante PlayStation. Mais en tant que joueur, c'est évidemment sur la ludothèque que je juge. Et la 64 n'avait et n'a d'ailleurs toujours pas à rougir de la comparaison. Car même si la majorité des éditeurs-tiers s'étaient ralliés à Sony, Nintendo et Rare (Goldeneye, Perfect Dark, Banjo-Kazooie) avaient largement de quoi rivaliser, puisque la plupart de leurs jeux sont encore considérés comme des modèles, des précurseurs.
La Nintendo 64 et son Super Mario représentent pour moi l'entrée dans une nouvelle ère pour le jeu vidéo. Une ère de sensations fortes, de concepts, d'aboutissements qui aura à tout jamais marqué ma vie de joueur.
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