Football Manager 2011
"Juste un match de plus"
À l'ombre des simulations de football traditionnelles se cache un genre bien particulier : le jeu de gestion sportive. En digne et plus fameux représentant, Football Manager revient pour cette saison 2010-2011. Et s'il ne paye pas de mine, le titre de Sports Interactive est toujours la définition même du jeu addictif. Coup d'envoi.
C'est le grand jour. Voilà quelques semaines que j'ai pris mes fonctions, que je suis arrivé au club, plein d'espoir. Je découvre la Une de l'Équipe après avoir salué le personnel du centre d'entraînement et bu un café. La presse est encore dubitative quant à mon arrivée ici et ma capacité à diriger un tel club. A part un léger accroc il y a deux semaines, la préparation d'avant-saison s'est plutôt bien déroulée. Les jeunes ont montré qu'ils avaient faim, les cadres sont revenus de la Coupe du Monde un peu épuisés, mais je sais que je pourrai compter sur chacun d'entre eux cette année. Tiens, encore un article sceptique sur ma dernière recrue. S'adaptera t-il vraiment au Championnat de France ? A t-il les qualités requises pour évoluer au plus haut niveau ? Il est comme moi, il a encore tout à prouver.
La suite d'une journée de Football Manager est semblable à celle d'un vrai coach d'une équipe de football professionnelle. Sauf que ce dernier n'a pas à cliquer sur "Continuer" pour faire défiler l'heure et passer à autre chose. Un jour comme celui-ci, il y a bien sûr la réunion technique d'avant-match avec les adjoints. Où l'on va plutôt nous conseiller de laisser tel joueur habituellement titulaire sur le banc et de passer sur les côtés. A peine le temps de réfléchir à la composition du match de ce soir que la conférence de presse s'apprête à débuter. Dans quel état d'esprit l'équipe abordera t-elle cette rencontre ? L'attaquant de pointe est-il capable de maintenir un tel niveau ? De quel joueur adverse faudra t-il se méfier en particulier ? Les journalistes veulent tout savoir. Du calme messieurs, on ne dévoilera pas nos plans avant l'heure fatidique.
De la tactique aux entraînements, en passant par le recrutement et la gestion des contrats, Football Manager invite à se glisser dans le costard d'un manager à l'anglaise qui a les pleins pouvoirs au sein d'un club. Bien entendu, si les résultats et les finances ne sont pas au beau fixe, dirigeants et supporters ne manquent pas de nous tomber dessus. Épaulé par une équipe d'entraîneurs adjoints et de préparateurs physiques que l'on peut choisir de renforcer, il faut tout gérer. Le coup d'envoi d'un match (joué par l'ordinateur en temps réel) n'annonce pour autant pas la fin du travail effectué toute la semaine par l'entraîneur : il faut encore analyser le déroulement de la rencontre, voir ce qui ne va pas, et opérer les changements nécessaires à la victoire.
Et qu'importe le résultat, à la fin d'un match - une fois les derniers mots aux joueurs et à la presse lâchés, il y a toujours cette irrépressible envie de cliquer sur continuer, d'entamer une nouvelle semaine et la préparation de la prochaine rencontre. De s'en faire un petit dernier quoi. Miles Jacobson, PDG de Sports Interactive, en est bien conscient : "Notre base de données de joueurs réels permet de générer chez le joueur ce que nous appelons une 'suspension de l'incrédulité'. Il finit par croire qu'il est effectivement l'entraîneur. Il connaît ses joueurs par cœur, adapte ses tactiques, et vibre pendant les matchs. Et ne décroche plus. C'est d'ailleurs un des pièges de Football Manager. Quelle que soit l'heure, quel que soit le jour de la semaine, une fois un match fini, un joueur qui a décidé d'arrêter sa partie n'a qu'une seule chose en tête : juste un match de plus".
L'incroyable base de données du jeu dénombre pas moins de 250 000 joueurs, agents de joueurs, entraîneurs et préparateurs. En réalité, ce nombre est de 400 000, mais le jeu ne peut en comporter autant. Un énorme recueil de statistiques que même les clubs professionnels consultent. L'année dernière, le club anglais d'Everton signait d'ailleurs un partenariat avec Sports Interactive pour l'utilisation de cette base de données élargie. Depuis quelques saisons, Football Manager est par ailleurs disponible dans une édition spéciale Arsenal, directement vendue dans la boutique du club londonien. Le genre de partenariats que les développeurs anglais aimeraient renouveler.
En dépit d'une apparence rudimentaire, à base de feuilles de stats et de menus déroulants, Football Manager s'avère toujours aussi passionnant. Quelques domaines restent toutefois perfectibles, comme les discussions avec les joueurs - invraisemblablement capricieux dès qu'on leur demande quelque chose de particulier. Il est ainsi toujours étonnant d'en voir un monter sur ses grands chevaux alors qu'on lui conseille de tenter davantage de frappes lointaines. Fort heureusement, rien ne vient jamais vraiment altérer le plaisir de diriger une équipe, de la faire travailler et de l'emmener vers les sommets.

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