Duke Nukem Forever

Autres temps, autres mœurs ?



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En voilà un qu'on a eu le temps de voir venir. Quatorze ans après que 3D Realms ait initialement mis Duke Nukem Forever sur les rails, Gearbox Software (qui a pris le relai et sauvé le jeu de l'abandon) est allé au bout du rêve des amoureux du grand blond musclé et délicat, celui de voir enfin sortir une suite digne du mythique Duke Nukem 3D. Bien mal leur en a pris.


Sitôt le projet officiellement relancé par Gearbox Software, les fans de la première heure se prenaient à rêver d'un retour en fanfare du gentleman botteur de culs aliens. Évidemment, le développeur texan jouait la carte de la nostalgie, avec force bandes-annonces et coulisses de développement à la gloire du Duke, ressuscitant l'esprit corrosif de la série à grands coups d'allusions graveleuses et de séquences musclées. Forcément, le jeu définitif a conservé l'humour douteux et les blagues salaces des premiers trailers, et il fut étonnant de voir s'indigner certains critiques à ce sujet lors de la sortie du jeu. Comme s'il s'était vraiment passé une éternité depuis Duke Nukem 3D pour qu'ils aient oublié l'ambiance volontairement lourdingue du jeu.


Avec Duke Nukem Forever, pas de doute : l'esprit des précédents épisodes est bel et bien retranscrit. Gearbox s'est attaché à mettre en scène un Duke plus irrévérencieux que jamais, à grands renforts de remarques machistes, jumelles peu farouches, posters de charme et dégustation de bière. Au détriment du gameplay du jeu, mou et daté, et d'un level design peu inspiré, qui n'arrive pas une seule fois à la cheville des niveaux passionnants de Duke Nukem 3D. Assez cloisonnés et très linéaires, ceux de Forever ne consistent qu'en de bêtes successions de vagues d'ennemis, tous profondément débiles, qu'il suffit d'arroser avec l'une des armes glanées au sol et emmenées avec soi - deux au maximum, dommage.


L'espoir d'arpenter à nouveau des cartes spacieuses, riches en items, gags et passages secrets, s'envole dès les premières minutes de jeu. On regrette dès lors tout ce qui faisait finalement le charme de Duke Nukem 3D : explorer minutieusement un niveau pour récupérer armes et cartes d'accès, ramper dans un conduit d'aération pour arriver par surprise au bout d'un couloir, et le nettoyer sans tarder d'un bon vieux tir de roquette suivi de la vanne qui va bien. Ou le simple plaisir d'ouvrir la porte d'une cabine de toilettes et d'y abattre vicieusement l'occupant : un porcoflic en plein effort. Tout n'est pas à jeter pour autant, et Duke Nukem Forever a quelques qualités indéniables, notamment en termes de variété d'environnements et de situations. Sa vingtaine de chapitres occasionne quelques séquences de conduite ou de plateforme pas fameuses mais bienvenues, et le jeu s'en sort avec une durée de vie plus qu'honnête, à l'heure où les campagnes des FPS contemporains s'expédient généralement en une demi-douzaine d'heures. Loin d'être un problème, le ton employé par Duke Nukem Forever s'avère vraiment rafraîchissant à côté du sérieux à outrance de la concurrence. Dommage qu'autant d'efforts n'aient pas été fournis sur la reconstitution du gameplay Duke Nukem que sur l'état d'esprit, qui à l'époque, permettait surtout de sublimer un jeu très bien huilé.


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